Des fresques de Bitche restaurées au A5 !
Publié par Michaël Séramour dans Travaux · 18 Décembre 2025
Un nouveau pari dantesque vient d'être gagné par l'Association Ouvrage A5 Bois du Four - Ligne Maginot : le prélèvement, l'exposition et la restauration de six nouvelles peintures murales en seulement 30 jours !
Les fresques des ouvrages du Schiesseck et de l'Otterbiel sont en effet désormais sauvées et exposées au A5 au terme de 8 jours de récupération dans ces deux ouvrages du Pays de Bitche.
Grâce à l'autorisation de la Base de Défense de Phalsbourg et à la bienveillance du 16e bataillon de chasseurs à pied, nos bénévoles ont pu travailler dans les meilleures conditions mais non sans mal...
Ferraillés dans les années 2010, en partie recouverts de suie suite aux incendies déclenchés lors du vol du cuivre des câbles électriques par des vandales, les ouvrages de Bitche ne sont malheureusement plus que l'ombre d'eux mêmes et leurs trésors picturaux commençaient à souffrir sérieusement de l'usure du temps qui passe et des dégradations répétées.
Au Schiesseck, les cinq belles œuvres peintes par l'adjudant Eugène Branchereau (1912-2000) dans sa chambrée souterraine, méritaient un sauvetage digne de leur auteur. Electromécanicien hors pair, d'une dextérité exceptionnelle au tour à métaux, excellent dessinateur, le chef de l'usine du Schiesseck a fait évader des dizaines de camarades des Stalags, tentant lui-même de s'échapper - sans succès - à sept reprises.
Fier de servir dans les troupes de forteresse, Branchereau a entre autres peint le cuirassier Courbet dans sa chambrée, le navire école où il obtint son brevet d'électromécanicien marine et génie de forteresse avant-guerre, ainsi que l'entrée des munitions de l'ouvrage du Schiesseck. À ce titre, il est le seul peintre de la ligne Maginot a avoir peint fidèlement un bloc d'ouvrage. Conscient d'appartenir au corps d'élite des spécialistes de forteresse, Eugène Branchereau avait le Schiesseck dans la peau et laissa la rage au cœur son ouvrage aux mains des Allemands non sans avoir opéré avec ses camarades de nombreux sabotages.
Sa chambrée compte enfin trois beaux paysages des Vosges du Nord, évoquant les pistes de courses qu'il avalait au guidon de son side-car, à l'occasion de duels épiques qu'il se livrait avec les sous-officiers des autres forts du Pays de Bitche. En somme, Branchereau nous livre, de manière assez exceptionnelle, une bande dessinée picturale de son existence militaire.
Notre expédition nous a également poussé jusqu'à l'ouvrage de l'Otterbiel, dissimulant, au fond de sa sous-station électrique, l'un des plus beaux insignes d'électromécaniciens de la ligne Maginot.
En effet, dans une composition iconoclaste et originale, un peintre anonyme a représenté la cuirasse du Génie - plastron couronné du pot-en-tête - au cœur de l'insigne général des troupes de forteresse incrusté dans une roue dentée et protégé des éclairs de l'arme savante.
L'armure est aux couleurs du 2e régiment du Génie (Metz), dont une compagnie donna naissance au bataillon d'électromécaniciens du 1er Génie (Strasbourg) formant les mécanos des ouvrages de Bitche en 1939-1940.
Le prélèvement fut éprouvant, les œuvres étant pour la plupart peintes sur des parois en béton plein. Michaël et Michel Séramour, accompagnés de Jean-Louis Marchal, durent redoubler d'ingéniosité pour rendre ces sauvetages hors-normes possibles !
Après des décennies d'abandon, les 6 trésors du Schiesseck et de l'Otterbiel ont rejoint les parois bétonnées plus apaisées et sèches du A5 Bois du Four, afin de permettre au plus grand nombre d'en apprécier la beauté et l'intérêt dans un cadre sécurisé et légal.
Suite à une restauration méticuleuse prise en main par notre historien Michaël Séramour, l'insigne de l'Otterbiel a trouvé une place d'honneur dans notre salle des machines, les œuvres du Schiesseck ayant établi fort logiquement leurs quartiers dans la chambre d'adjudant électromécanicien du A5, analogue à celle qu'occupait Eugène Branchereau en 1939-1940.
Désormais, à l'issue de cette courte parenthèse de prélèvement patrimonial, le Schiesseck et l'Otterbiel ont été lourdement refermés par l'autorité militaire, pour de très nombreuses années... mais l'éclat de leurs fresques magnifiques, qui s'étiolait au fil des ans, va désormais s'offrir aux yeux des passionnés de la ligne Maginot et des curieux au cœur de notre Conservatoire de la vie quotidienne des troupes de forteresse.
Gloire au Génie ! et Tous à l'ouvrage !!!















